ROYAUME DU MAROC
Le Chef du Gouvernement
Agence pour la Promotion et le Développement
Economique et Social des Provinces du Sud du Royaume

Programme Oasis Sud
Une expérience marocaine de développement durable

L E S C A H I E R S D U M A R O C S A H A R I E N
Le mot du Directeur national du Programme Oasis Sud
Depuis près d’une décennie, les équipes du Programme Oasis Sud sont à pied d’œuvre sur le terrain et ne ménagent pas leurs efforts, aux côtés de partenaires nationaux, internationaux et surtout locaux, au profit du développement durable et équitable du Maroc saharien. Elles s’attellent au quotidien à transcrire concrètement et à décliner du mieux qu’elles peuvent, les grandes orientations du Royaume en matière de politiques publiques territoriales. Elles en constatent régulièrement les effets et les impacts sur la vie des femmes et des hommes, et observent la constante et bénéfique métamorphose des territoires.
Nous n’en avons pas moins été, nous tous, à l’Agence du Sud, à la fois surpris et honorés de la sollicitation du PNUD pour l’élaboration d’un document relatant les bonnes pratiques du Programme Oasis Sud, en vue de partager ses “success stories” et ses enseignements dans le cadre du partenariat Sud-Sud.
Surpris, car nous avions comme parti-pris dans notre politique de publication, de focaliser sur la valorisation du Maroc saharien, de ses composantes naturelles et culturelles, de ses traditions et de ses savoir-vivre, sans jamais mettre en avant les mécanismes de fonctionnement qui sous- tendent nos différentes interventions dans ces territoires et sans jamais nous inscrire dans une quelconque logique d’autosatisfaction. Car ce n’est pas là notre mission.
Honorés de savoir que cette expérience marocaine de développement durable et équitable de territoires fragiles, puisse faire l’objet de partage à l’international et être citée comme un exemple de bonnes pratiques.
Je vous laisse découvrir une description du Programme Oasis Sud, de ses fondements et de ses caractéristiques. Vous constaterez, sans nul doute, que là encore, la parole est donnée d’abord à la population locale avec ses porteurs de projets, ses acteurs de développement et ses élus, ainsi qu’à nos partenaires, et que la voix des représentants de l’Agence du Sud ne se fait entendre que lorsqu’elle est indispensable à la construction du sens.

Je ne veux en aucun cas ici me substituer au document ni à l’approche analytique dont il a su faire preuve pour révéler les spécificités du Programme Oasis Sud. Je souhaite néanmoins souligner que l’identité génétique de ce programme résilient, multiscalaire, multifonctionnel, systémique, innovant et crédible découle tout naturellement de l’ADN de sa structure mère : l’Agence pour la Promotion et le Développement Economique et Social des Provinces du Sud du Royaume.
Il me semble à ce propos utile, afin de compléter la vision autour de ce programme de développement, d’évoquer quelques autres projets et actions de l’Agence du Sud tels les programmes de développement urbain (PDU) et rural (PDR), avec leurs multiples composantes
allant des nécessaires équipements collectifs jusqu’à la voirie, les infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires, les ouvrages de mobilisation hydrique en zones montagneuses et désertiques…
La filiation entre l’Agence du Sud et le Programme Oasis Sud permet par ailleurs à celle-ci de dupliquer, hors des territoires d’intervention du POS, des actions et des projets pertinents ayant fait leurs preuves à l’image du programme de l’économie sociale, issu du périmètre oasien et généralisé progressivement, à partir de 2009, à toutes les provinces du Maroc saharien.
A mon sens, la force première de ce document qui est voué au partage, réside dans le fait que sa structure est définitivement imprégnée de sa vocation didactique : il se présente, en effet, comme une véritable boîte à outils, avec des éléments modulaires qui permettent à la fois une appréhension linéaire et une exploitation à la carte au gré des circonstances et des besoins
Le lecteur voit ainsi se déployer sous ses yeux une certaine recette de la réussite d’un programme de développement durable et équitable. Elle est faite de composants multiples et de modes opératoires complexes et précis.
Mais la recette seule ne suffit pas, aussi documentée soit-elle, car elle ne saurait dire l’ingrédient majeur et presque magique, celui de l’effervescence de tous les instants, générée par les apports et l’énergie de tout un chacun, au sein des équipes dédiées, et à l’heureuse alchimie les liant tous aux autres intervenants quels qu’ils soient : élus, ONG locales , porteurs de projets, population, départements ministériels et autres institutions gouvernementales, sans oublier la coopération internationale avec ses divers représentants, et surtout le PNUD, notre partenaire stratégique.
Lorsque l’on prend conscience de cela, l’on ne peut qu’être convaincu que le développement territorial ne se décrète pas, qu’il ne peut émaner seulement de décisions de managers, aussi fondées soient – elles. Pour s’engager et cheminer sur les sentiers sinueux et âpres du développement durable, il ne suffit pas non plus de disposer de fonds, aussi conséquents soient-ils, même s’ils sont accompagnés dans leur gestion d’une vision holistique partagée, de savoir-faire techniques, s’ils ne sont l’objet, à chaque instant, de l’engagement de chacun.
Et puisque ce document nous amène à faire part des enseignements acquis à travers l’expérience que nous menons au sein de l’Agence du Sud, je vais me permettre de dire que l’enseignement majeur est, pour moi, de me nourrir de cette vérité et d’en faire ma doctrine au quotidien.
En somme, le développement territorial durable est fait d’un zeste de technicité, d’un brin de compétence, d’une touche de créativité, d’une grande capacité d’écoute, d’une ferme volonté et, surtout, d’une infinie humilité, celle que nous dicte à tous, le Maroc saharien, avec son histoire séculaire et retentissante, avec sa culture particulière et précieuse, avec ses femmes et ses hommes au service desquels nous sommes tous, constamment conduits en cela par la
clairvoyance des Hautes Orientations Royales.
Ahmed HAJJI,
Directeur général de l’Agence pour la Promotion et le Développement
Economique et Social des Provinces du Sud du Royaume,
Directeur national du Programme Oasis Sud
Un programme innovant
Adopter la logique de la préservation en matière de thématiques culturelles et patrimoniales ne signifie pas pour autant la renonciation à celle de l’innovation et à la créativité. Bien au contraire, ces deux démarches sont à la fois indispensables et complémentaires pour atteindre les objectifs de développement socio-économique durable.
En effet, le croisement des deux démarches permet tout d’abord d’éviter le phénomène de saturation et d’engorgement de segments de production via des processus de greffe redondants et stériles, et ce au profit d’une ouverture qui va offrir de nouveaux champs d’expérimentation et d’investissement, et qui va permettre l’accès des productions locales à une nouvelle cible de consommateurs, se trouvant à la fois aux échelles locales, nationale et même internationale.
Du produit du terroir à la recette gastronomique
A titre d’exemple, les produits du terroir qui ont, comme cité auparavant, bénéficié d’une stratégie de valorisation mise en oeuvre à travers de multiples actions de structuration, de mutualisation, de production, de packaging, de marketing et de commercialisation, voient aujourd’hui de nouveaux horizons s’ouvrir à eux grâce à leur ambitieuse déclinaison, en recettes gastronomiques.
La mise en concurrence de plusieurs chefs cuisiniers et pâtissiers de renom ont permis l’émergence d’une ligne gastronomique de recettes à base de produits des terroirs oasiens et steppiques. Le regard innovant et le talent de certains de ces créateurs a sublimé heureusement des produits aux qualités gustatives singulières et aux vertus nutritionnelles longtemps méconnues.
Et chaque dégustation, voulue par l’Agence du sud comme une action de plaidoyer percutante, confirme, à travers l’émerveillement sans cesse renouvelé de tous, la justesse du choix stratégique consistant à offrir la découverte ou la redécouverte du Maroc saharien à travers la subtilité et le raffinement de ses saveurs et de ses senteurs. Et le succès ne se dément jamais…

Le bien-fondé de cette démarche réside par ailleurs dans son impact économique, social et culturel sur les territoires.
En effet, il ne faut pas ici occulter la spécificité du produit du terroir du Maroc saharien, produit de niche par excellence et dont la valeur commerciale est démultipliée par son intégration dans les circuits de la haute gastronomie et de l’épicerie fine. La valeur ajoutée dégagée à partir du produit saharien rare, à forte connotation culturelle, pallie intelligemment la relative faiblesse quantitative de sa production. La chaîne de valeurs va au delà de la phase dégustation et ses retombées économiques immédiates et conduit à une véritable qualification du territoire en matière de savoir-faire et de démarche qualité : formations et développement de capacités au profit des associations et des intervenants concernés par la thématique culinaire, restaurateurs et gîteurs, traçabilité, normes d’hygiène et de qualité et labellisations diverses.
L’innovation est aussi un vecteur de redécouverte par la population du potentiel certain et dorénavant reconnu des ressources et des savoir-faire ancestraux de son territoire. Et le sentiment de fierté de la population n ‘est à ce propos pas le moindre des impacts de la déclinaison des produits du terroir en recettes gastronomiques.



TEMOIGNAGES
AUTOUR D’UN PROGRAMME INNOVANT
[Extrait de Témoignages]
Premier témoignage


« Jamais je n’aurai cru que le megli, orge torréfiée, puisse rapporter de l’argent. Alors le programme POS a créé une coopérative pour fabriquer et conditionner le megli. On le vend aux coopératives qui font du couscous khoumassi dont il est un des ingrédients, et le COS le vend même en sachet pour que les gens fassent leur propre Lemriss (boisson mélant megli et sucre dans de l’eau), ou le Beloghmane (pâte de megli travaillée à l’eau chaude et au dhen de chèvre). J’ai été encouragé par le POS et j’ai transformé cette simple farine de megli en de bonnes pâtisseries. J’ai ajouté du miel, de l’huile d’olive des dattes, des amandes, des épices. On a appelé ces gâteaux Halawiat Salka.
On vient de le proposer dans une foire à Rabat, on a tout vendu, à 60 dirhams le kilo, et les gens en redemandent, depuis les Canaries et même la Mauritanie! Dans note association, nous sommes sept femmes et quelques unes dans une situation difficile, mais maintenant, nous arrivons grâce à Dieu, à avoir de l’argent. »
“Salka MOMO,
Présidente de la coopérative Femmes Lamta pour la production de megli,Asri”
Deuxième témoignage

« Les produits des terroirs du Maroc saharien m’ont permis ces dernières années à affirmer mon savoir-faire de chef cuisinier. Ils m’ont influencé à laisser libre cours à mon imagination pour élaborer des recettes originales telles que « le Macaron à l’huile d’argan et chocolat » ou encore, « le Couscous Khoumassi avec un crémeux de fromage de chamelle et légumes confits ».
La mise en valeur de ces produits a été pour moi une superbe source d’inspiration, un challenge constructif et une source de grande fierté. Je tiens d’ailleurs à remercier chaleureusement l’Agence du Sud de sa confiance. »
“Hicham AOUAD
Chef Cuisinier
Les Ateliers du Chef”


